Littérature : le romancier canado-haïtien Thélyson Orélien se défend après des accusations d’utilisation de l’IA
4 min de lectureFrance — Le romancier canado-haïtien Thélyson Orélien est au cœur d’une polémique depuis plusieurs jours autour de son premier roman, C’était ça ou mourir, publié en France aux éditions Grasset. Un compte anonyme sur le réseau social X affirme que l’ouvrage aurait été largement écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle (IA). L’écrivain dément ces accusations.
La controverse a éclaté le 21 septembre 2026, quelques heures après l’attribution au roman du prix du roman Fnac 2026. Le compte « Balance ton Claude » a affirmé que plusieurs passages soumis au détecteur d’IA Pangram indiquaient une forte probabilité d’une rédaction assistée par intelligence artificielle. La publication est rapidement devenue virale sur X.
Thélyson Orélien conteste les accusations
L’écrivain a fermement rejeté l’idée selon laquelle il aurait utilisé une IA générative pour écrire son roman. Interrogé par Libération, il a déclaré : « J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine. » Il a également indiqué travailler avec ses éditeurs en France et au Québec afin de réunir des éléments permettant de documenter son processus d’écriture.
Né en Haïti en 1988, Thélyson Orélien vit au Québec depuis 2010. Son roman est paru au Canada en mars 2026 avant sa publication en France le 19 août chez Grasset.
Le débat porte notamment sur les résultats fournis par Pangram, un outil destiné à détecter les textes susceptibles d’avoir été générés par une intelligence artificielle.
Selon Le Monde, le journal a soumis plus de la moitié du roman à cet outil. Pangram a estimé que plus de 95 % du texte analysé aurait été rédigé par une IA, avec un niveau de confiance présenté comme élevé.
Ces résultats ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à établir avec certitude que l’auteur a utilisé une intelligence artificielle. Des chercheurs soulignent les limites et les biais possibles de ces systèmes de détection.
Ophélie Fraisier-Vannier, chercheuse à l’Institut de recherche en informatique de Toulouse, explique notamment que certaines caractéristiques stylistiques peuvent conduire un détecteur à rapprocher l’écriture humaine de celle produite par un modèle de langage. Elle souligne également que la précision de ces outils peut diminuer lorsqu’ils sont utilisés sur des textes dans des langues autres que l’anglais.
Les éditions Grasset ont rejeté les affirmations selon lesquelles le roman aurait été « nourri ou écrit par une IA » et ont exprimé leur soutien à l’écrivain. La maison d’édition canadienne Boréal, qui a publié le livre au Canada, a également indiqué avoir pris connaissance des accusations tout en affirmant maintenir sa confiance dans le travail de Thélyson Orélien.
L’écrivain affirme de son côté avoir commencé à travailler sur son texte dès 2017, soit plusieurs années avant l’essor actuel des outils d’IA générative. Cette chronologie fait partie des éléments qu’il souhaite documenter avec ses éditeurs.
C’était ça ou mourir raconte le parcours de Jonas Dorléon, un professeur d’histoire-géographie haïtien contraint de quitter son pays dans un contexte de violence. Le récit suit son parcours migratoire depuis Haïti à travers plusieurs pays des Caraïbes et d’Amérique jusqu’au Canada.
Le roman s’est rapidement imposé dans la rentrée littéraire française. Avant la polémique, il avait déjà été retenu dans plusieurs sélections de prix littéraires et avait remporté le prix du roman Fnac 2026.
L’affaire soulève plus largement la question de la fiabilité des outils censés déterminer si un texte a été produit par une intelligence artificielle. Les résultats peuvent varier selon les logiciels, les langues et les caractéristiques stylistiques du texte.
Dans le cas de Thélyson Orélien, les accusations publiques reposent notamment sur les résultats d’un outil de détection et sur les affirmations d’un compte anonyme. Elles ne constituent donc pas, en elles-mêmes, une preuve définitive de l’utilisation d’une IA pour rédiger le roman.
Le romancier affirme désormais vouloir apporter les éléments permettant de documenter son travail d’écriture, tandis que la polémique continue de susciter des réactions dans le monde littéraire.